RAED BAWAYAH

Raed Bawayah

Le photographe Raed Bawayah est un photographe de la vie, des visages humains. Il représente les communautés et personnalités en marge. Son travail est collectionné par la Maison Européenne de la Photographie, les Fonds Municipaux d'Art Contemporain de la Ville de Paris, la Mairie de Paris, la Schloss Akademie Solitude à Stuttgart, Allemagne, la Jérusalem Foundation et le Tel-Aviv Museum.

Cette renommée internationale que connait le photographe depuis une dizaine d’année n’était pas vraiment prévisible. Il est né à Qatanna, un village de Palestine, dans une famille de 9 enfants. Après avoir perdu son père à l’âge de 6 ans, il commence à travailler pour aider sa mère, veuve. Raed cueille des fruits qu’il revend au marché de Jérusalem, s’occupe de ses chèvres et de celle des fermes voisines, puis va devenir ouvrier dans le bâtiment.

COMMENT IL EST DEVENU PHOTOGRAPHE

C’est à 28 ans qu’il prend le risque de quitter ces emplois et de se lancer dans la carrière de photographe. Il a envie de se consacrer à l’objet qui le fascine depuis plusieurs années.

L’appareil photo est un objet qui interpelle Raed dès son plus jeune âge, au marché de Jérusalem, où il voit cet instrument mystérieux aux bras de nombreux touristes


Sans expérience, sans portfolio, sans même avoir jamais touché un appareil photo, il se présente au directeur de l’école de photographie et nouveaux médias de Jérusalem, l’école Musrara. Ce dernier, curieux de voir la motivation de cet ouvrier palestinien, lui confie un appareil photo afin qu’il fasse ses preuves.

C’est donc dans son village natal, Qatanna, que Raed capture ses premières photographies.
Pris à l’Ecole de Jérusalem au début des années 2000, les conditions de la formation de Raed Bawayah sont plus que compliquées. A cette période, en effet, éclate la seconde Intifada et une loi est votée, interdisant les palestiniens d’entrer dans Jérusalem. Pour se rendre en cours, le photographe quitte donc , tous les matins, son village à l’aube et traverse la frontière à pieds en prenant soin d’éviter chaque patrouille, checkpoint ou policier.


Au terme de ces quatre années à l’Ecole Musrara de Jérusalem, il reçoit une bourse pour s’installer à Paris, à la Cité Internationale des Arts. Depuis 2006, Raed vit à Paris et voyage à travers le monde pour réaliser ses documentaires photo.

LA PHOTOGRAPHIE COMME MESSAGE HUMAIN

Raed Bawayah dit souvent que « La photographie est un engagement humain.» c’est presque sa devise. La photographie est un outil pour diffuser des messages et transgresser des frontières. Par sa touche artistique et poétique, il représente les groupes marginalisés, mis à l'écart de la société et de notre vie humaine.

« Montrer la misère ne m’intéresse pas, c’est trop intime, ce ne serait pas respectable »

Raed Bawayah

C'est bien ce caractère humain de la photographie qui intéresse l'artiste : "La photographie est une création technique, mais avant tout une création humaine." Par ses séries, il nous convainc avec douceur que nous faisons tous bien partie d'une seule et même humanité.

WRINKLED SOULS

Mauritanie, 2019

Raed Bawayah a une vision de la photographie simple, épurée, assez authentique. Son œuvre est réalisée en noir et blanc, par un appareil argentique. Cette vision est bien sûr en léger décalage dans ce monde où le numérique est roi. L'artiste s'intéresse aux évolutions de la photographie, et travaille au-delà de ses images afin de partager son message. Pour lui, aujourd'hui, il ne suffit plus d'enseigner la photographie. Le monde dans lequel on vit demande d'avoir certains codes, certaines connaissances qui pourraient échapper à quelques photographes. Savoir se présenter et se former une place dans le monde monumental de la photographie est inévitable.

Raed s'est attaché à la création d'un ouvrage photographique Wrinkled SoulsCe sera un résumé, une rétrospective de sa carrière et un essai sur sa relation avec la photographie. Sortie prévu en 2021

L'ESCLAVAGE EN MAURITANIE

La Mauritanie est le pays avec la plus forte proportion de population réduite en esclavage, soit 4% de sa population. L’esclavage est aboli dans ce pays officiellement en 1981, et il est associé à une activité criminelle en 2007. Cependant cette activité, comme une coutume, n’en a pas été arrêtée. Une loi de renforcement a même été votée en 2015, mais très peu de personnes sont poursuivies.

En 2016, sur 47 affaires liées à l’esclavage déposées devant la justice, seulement deux ont été suivies de condamnations.

En Mauritanie, on peut dire que l’esclavage est associé à une tradition. Les communautés afro-mauritaniens et Haratines sont les plus touchées par cette pratique. Descendants d’esclaves, les Haratines sont une communauté extrêmement discriminée : pas d’accès à la santé, éducation ni justice. Un esclave, en Mauritanie, appartient à la famille qui l’exploite, ne touche pas de salaire, n’a pas accès à l’éducation. La famille qui l’exploite peut même décider de le marier, contre son grès. Il existe aujourd’hui au moins 40 milliers d’esclaves en Mauritanie.

L’intention de ce projet est d’immortaliser la vie de ces hommes et femmes dont on a arraché l’identité. Par ses portraits, Raed leur redonner une place et une dignité. L’idée de « la culture de la rencontre » est au cœur de tous mes projets photographiques, le projet sur la Mauritanie y associe une visée sociale, éducative et culturelle. Raed prévoit de se rendre à nouveau en Mauritanie dans les mois qui viennent, afin d’approfondir son projet photographique, au péril des danger que celui-ci risque de rencontrer.

By Constance Courault